Partir d'une décision et d'un périmètre
Une matrice sert à organiser une discussion documentée sur les risques. Elle ne prédit pas une crise et ne transforme pas une appréciation collective en mesure scientifique. Pour l'utiliser, définir l'activité, le site ou le produit concerné, les publics exposés, l'horizon de temps et les décisions à préparer. Dans cette collection, l'horizon proposé pour les exercices est de douze mois ; il s'agit d'une convention à adapter, et non d'une durée réglementaire.
La famille ISO 31000 fournit un cadre général de gestion du risque. Les matrices et seuils de ce recueil sont des propositions éditoriales originales : ils ne reproduisent pas une grille prescrite par ISO. Les sources sectorielles éclairent les enjeux cités ; elles ne valident ni les probabilités ni les scénarios hypothétiques présentés ici.
Séparer le scénario, ses causes et ses conséquences
Décrire un événement précis, les conditions qui pourraient le produire et ses conséquences possibles. Une formule générale comme risque de réputation ne suffit pas. Une formulation exploitable indique, par exemple, qu'une information de sécurité pourrait ne pas atteindre les utilisateurs concernés parce que les coordonnées des distributeurs sont incomplètes. Cette formulation permet d'identifier une action et une preuve de réalisation.
Examiner les effets sur les personnes, les opérations, l'environnement, les obligations applicables et la confiance. Dans les exemples, la gravité retient la dimension la plus sévère parmi celles qui sont plausibles ; elle ne fait pas la moyenne entre un dommage humain et un coût commercial. Cette convention doit être discutée avec les responsables métier et les spécialistes compétents.
Définir les échelles avant de noter
Pour la probabilité, la grille illustrative va de 1, exceptionnel mais crédible, à 5, très fréquent ou récurrent. Les niveaux intermédiaires sont 2, peu probable, 3, plausible, et 4, probable. Ces termes n'ont de sens qu'avec un horizon commun et des éléments de justification. Ils ne correspondent pas à des pourcentages universels. Une donnée absente ne doit pas être remplacée silencieusement par une note faible.
Pour la gravité, 1 désigne un effet mineur et aisément réversible ; 2 un effet limité demandant une correction ; 3 un effet significatif perturbant l'activité ou l'expérience des publics ; 4 un effet majeur avec conséquences durables ; 5 un effet critique, notamment lorsqu'une atteinte humaine grave ou une interruption essentielle est plausible. Les seuils opérationnels précis restent à définir pour chaque organisation.
Lire le score sans lui déléguer la décision
Le score illustratif est le produit P × G, compris entre 1 et 25. Pour faciliter la lecture, les plages proposées sont 1 à 4, faible ; 5 à 9, modérée ; 10 à 15, élevée ; 16 à 25, critique. Ces plages sont une convention de ce recueil, sans valeur réglementaire. Un scénario de gravité 5 est signalé comme prioritaire indépendamment du produit : une faible probabilité ne neutralise pas une conséquence critique.
Le produit de notes ordinales n'est pas une perte attendue ni une probabilité calculée. Deux scénarios de même score peuvent exiger des décisions très différentes. Ajouter à la discussion la vitesse d'évolution, la détectabilité, les dépendances, l'incertitude et la capacité de réponse. Lorsqu'un événement est engagé, les faits et seuils opérationnels doivent guider l'escalade ; il ne faut pas attendre de recalculer une probabilité.
Relier risque initial, traitement et risque résiduel
Évaluer d'abord le risque avant les mesures étudiées, puis décrire les protections déjà en place et les actions supplémentaires. Le traitement peut viser à éviter l'activité, réduire la probabilité ou les conséquences, partager certaines conséquences contractuelles ou accepter un risque résiduel sous une autorité définie. Un transfert financier ne supprime pas la responsabilité de protéger les personnes ni celle d'informer.
Le risque résiduel doit être réévalué à partir de mesures réellement mises en œuvre et vérifiées. Une action annoncée ne justifie pas une baisse automatique de la note. Les matrices de cette collection ne proposent donc pas de score résiduel fictif. Pour chaque scénario, nommer un responsable, une échéance, une preuve attendue et une date de réexamen ; ces éléments sont à définir dans l'organisation utilisatrice.
Préparer les seuils de crise et la parole
La matrice doit préciser les signaux qui déclenchent une vérification, une alerte à la direction ou l'activation de la cellule de crise. Prévoir un suppléant et un canal utilisable lorsque les outils habituels sont indisponibles. Les décisions de sécurité, les obligations de notification et les consignes médicales ou techniques relèvent des responsables compétents : une grille éditoriale ne peut pas les déterminer à leur place.
Pour chaque prise de parole, distinguer faits établis, hypothèses, inconnues, mesures décidées et prochain point d'information. Les messages doivent être cohérents entre équipes internes, partenaires et canaux publics. La traduction doit préserver les réserves et le degré de certitude ; une source européenne ou américaine reste située dans son contexte et ne devient pas une règle locale par le seul changement de langue.
Tester, observer et réviser
Un exercice utile introduit une information contradictoire, une indisponibilité de responsable et une difficulté de compréhension. Il mesure la capacité à décider avec des informations partielles, à corriger une version et à atteindre les publics concernés. La vitesse de rédaction d'un communiqué n'est qu'un élément du test.
Après l'exercice, documenter les écarts, vérifier les corrections et revoir les cotations. Conserver les versions pour comprendre pourquoi une note ou un seuil a changé. La matrice doit être réexaminée lorsque l'activité, les partenaires, les risques ou les connaissances évoluent. Sa valeur tient à cette utilisation régulière, pas à la couleur des cases.
Source sectorielle
ISO 31000 — Risk management guidelines
Sources consultées le 9 octobre 2026. Les exemples sont hypothétiques et ne décrivent pas une mission client.
Citer cet article
Belief System. Mode d’emploi des matrices. . https://beliefsystem.fr/fr/regards/crisis-risk-matrix-method/